Survie d'hiver - 2006

Les techniques de survie sont essentielles aux membres d'un équipage après un écrasement ou un atterrissage d'urgence.
Et ceci même en hiver.
Les membres de SERABEC reçoivent une formation concernant ces techniques de survie.

Survie-Beauce

Survivre: demeurer en vie.
Survivre: réchapper à une catastrophe.
Survivre: sortir vivant.

Même si le mercure plonge à -27 C ?
Survivre. Sans doute.
Après tout, d'autres ont vu pire au cours d'un entraînement en recherche et sauvetage.

Mais un -27 C aide à garder son sang-froid, surtout quand des citadins sont plongés brutalement dans un tel bain de fraîcheur. C'est la preuve que l'organisme humain est joliment bien fait et qu'avec un peu d'audace, et peu de moyens, rien n'arrête les Seraquébécois dans leur cause. Neuf volontaires sont partis pour un raid de 24 heures. Ils sont revenus neuf, tout neufs, mentalement désoxydés.

Quand ils passeront désormais à l'intersection du rang Calway et du prolongement de J'autoroute 73, à St-Joseph de Beauce, ils se souviendront du « crash » de la fin de semaine du 11 février 2006.

Comme si ce n'était pas suffisant de voir, inerte, leur petit avion-cible en rubans de plastique étendu sur le tablier de la future autoroute, les neuf ont été mis en présence d'une soixantaine de survivants (un 747 se serait-il abîmé ?), des cadets de l'air de l'Ancienne-Lorette, venus tâter eux aussi ce que veut dire « Survivre » dans le climat arctique québécois.

Les objectifs de cet exercice conjoint n'avaient peut-être pas la rigueur de préparation égale au froid du jour et à celui de la nuit qu'il faisait. Les conditions météorologiques, le temps disponible, le bénévolat et la volonté d'affronter le pire obligent à des compromis. Néanmoins, ces efforts ouvrent de nouvelles avenues entre les jeunes et les moins jeunes, entre les générations mêlées aux activités aéronautiques. L'aviation au Québec ne peut que s'en réjouir et, pourquoi pas, le reconnaître!

Du plus jeune, âgé de 12 ans, au moins jeune, disons 70 ans, tous ont pu réaliser que les besoins vitaux sont les mêmes pour tous. Ils sont menacés de toute part : le froid, la soif, la faim qui suit, la fatigue de l'effort physique, parfois un esprit pas suffisamment préparé.

Pour les cadets soigneusement encadrés par des responsables des Forces canadiennes et par des parents, une cabane à sucre leur sert de base. Prudence oblige. Les cadets plus âgés se soumettent en gros au régime des aînés: bâtir son abri, son sequezee. Au même moment, des Serabécois de Victoriaville font de même dans leur coin.

Tous, dans le groupe de Serabec de Québec, sont en pleine forme. Personne n'a de douleurs qui viendraient à bout de leur résistance. Après coup, on imagine ce qui serait arrivé aux autres avec trois blessés sur les bras.

Le mercure amorce sa plongée depuis un -9 degrés Celsius que le soleil ne réussit pas à faire grimper. Le guide de survie de Serabec fait une mise en garde : « Le froid constitue un bien plus grand ennemi de la survie qu'il n'y paraît. Il diminue les facultés intellectuelles. Le froid a tendance à miner la volonté jusqu'au point où l'on ne songe qu'à se réchauffer. Il engourdit à la fois l'esprit et le corps, et affaiblit la volonté. Du fait qu'on a du mal à se mouvoir, et que l'on veut dormir, on peut alors oublier son but principal qui est de..survivre. »

Après avoir choisi un chef, la moitié des neuf membres de l'équipe se mue en bûcherons et travailleront pendant une demi-joumée avec des outils réduits au minimum. Par une communication par radio avec les gens de Victoriaville, le lendemain matin, tous réalisent un fait bruial : « Il ne nous reste plus de bols! »

La seconde urgence est celle de l'abri. Une grosse épinette couchée par le vent fait l'afffaire. Les coups de pelle pour mesurer le dégagement se heurtent à une neige croûtée, capable de porter des VTT, mais imprévisible et friable comme une rôtie.

Le site se trouve en bordure de la forêt, entre deux viaducs en chantier désertés pour l'hiver. Comment alors ne pas s'interroger sur l'art de la construction quand il faut des heures et des heures de sciage, de transport, d'assemblage et de brêlage pour un abri sommaire de neuf personnes.

Un événement de dernière heure ajoute un peu d'espoir: la récupération d'une bâche en lambeaux qui flotte sur un des viaducs. Noir comme le drapeau d'un pirate, la bâche est tapissées de cellules de plastique gonflé.

Tous les moyens sont bons en survie. « Avoir l'esprit de décision, être inventif et débrouillard », dit le Guide. Alors, si la couverture en cellules a servi à protéger le béton frais contre le gel lors de la construction, pourquoi n'en serait-il pas ainsi pour l'homme?

La bâche est remorquée et rapidement installée. L'abri en appentis prend l'allure d'une suite royale et de haute technologie. Ce fut la catastrophe. L'homme n'est pas de béton. Son efficacité a été nulle. L'analyse dira peut-être que le lit de branchages de sapin aurait du être placé sur le dessus. Dormir sur des rameaux de sapin reste une technologie éprouvée.

Il faut se méfier des technologies pointues. Les progrès dans les vêtements hightech sont aujourd'hui remarquables, voire essentiels dans certains cas.

Toutefois, ceux et celles qui ont passé une partie de la nuit près du feu se sont retrouvés le lendemain avec des manteaux imper-respirants fortement troués. Les étincelles avaient imprimé leurs signatures. Certains produits synthétiques sont hautement inflammables et les fabricants ne se morfondent pas en avertissements.

Loin d'être un désastre, on peut se consoler de l'incident. Ces signatures à la vitesse des étoiles filantes sont un témoignage éloquent de gens qui ont accepté quelque chose d'inhabituel, des conditions difficiles de survie par des froids extrêmes. Ce sont les marques des « grands explorateurs ».

Sans doute, le de-breffing qui a suivi l'exercice a mis en évidence des failles dans la survie du groupe comme l'organisation dans les renseignements, la vérification de l'équipement, les connaissances en matière de survie, et d'autres. Apprendre par la gaffe reste inévitable et profitable.

Vivre un 24 heures debout, pratiquement sans dormir, par un froid causé par une forte dépression au sud; une pleine lune qui ne ment pas et qui a ses avantages; se contenter d'un minimum de moyens; d'un sous-marin devenu dans son sac à dos une barre de bois; de miel à consistance de tire dure; et encore! Voilà tout ce qu'il faut pour ébranler un moral urbain.

Pourtant, il faut reconnaître que le comportement du groupe dans sa lutte pour la survie a été remarquable.

L'exercice, par un -9 C à un -27 C, n'a duré que deux tours d'horloge. Les heures n'ont pas semblé avoir la même longueur.

Au matin, le ronronnement tant attendu d'un petit Cessena ébranle l'air sonore et plus glacial encore à cause de l'humidité. Les cadets de l'air, heureux de partager l'émotion des survivants, se regroupent et apportent leur contribution. Ils se couchent dans la neige pour dessiner de grandes lettres humaines. « On les as retrouvés ». Le navigateur lance un avis, un Nocl : Alpha affirmatif. Charlie white. Delta 1. Echo 3. L'équipe au sol chargée de porter secours a du mal à repérer le signal de la radiobalise à cause des montagnes. Elle se perd dans le labyrinthe des routes de la Beauce. Le pilote de l'avion écope d'une autre charge: suivre le véhicule et diriger ses occupants vers la catastrophe appréhendée.

« On les a retrouvés ». Certains survivants, givrés au visage et au bonnet péruvien, avaient l'allure des conquérants de l'Éverest. Et pourquoi pas ? Il y a dans le monde des alpinistes des flancs de hautes montagnes qui sont plus chauds que les collines de la Beauce.

Claude Tessier
février 2006

Diaporama